©ICRC
Eric Marclay
Pouvez-vous donner quelques détails sur le transfert ?
Un travail préparatoire important a été accompli en amont, mais l’opération de transfert en soi a commencé à environ 9h00, heure locale, quand le Hezbollah a remis au CICR des documents médicaux concernant les deux soldats israéliens. Une heure plus tard, les deux cercueils ont été livrés aux délégués du CICR, qui les a transmis aux autorités israéliennes, lesquelles ont effectué des analyses ADN pour identifier les corps.
À environ 11h30, un premier camion (sur 11) portant l’emblème du CICR est arrivé à Rosh Hanikra du côté israélien, transportant les dépouilles mortelles de 12 personnes. Le CICR les a remises au Hezbollah de l’autre côté de la ligne de démarcation. Quand les autorités israéliennes ont annoncé que l’analyse ADN était positive et qu’il s’agissait bien des deux soldats israéliens capturés en 2006, les cinq détenus libanais ont été libérés par Israël et remis au Hezbollah par l’intermédiaire du CICR. Dans le même temps, le Hezbollah a remis au CICR un cercueil contenant des restes humains non identifiés, qui a été transmis aux autorités israéliennes.
L’opération de transfert des détenus et des restes humains a duré toute la journée. En tout, le CICR a facilité le transfert de 197 cercueils contenant des restes humains entre les autorités israéliennes et le Hezbollah. De son côté, le Hezbollah a remis deux cercueils contenant des restes humains, que le CICR a transmis aux autorités israéliennes.
Le CICR s’est entretenu sans témoin avec les cinq détenus libanais libérés par Israël pour s’assurer qu’ils n’étaient pas rapatriés contre leur gré.
Les autorités israéliennes et le Hezbollah effectuent des analyses ADN sur les restes humains. Le CICR ne procède pas à ce type d’identification.
Quel rôle joue le CICR dans le transfert des détenus libérés et des dépouilles mortelles ?
Le CICR entretient toujours un dialogue ouvert avec toutes les parties en guerre dans le but d’alléger les souffrances des personnes dont les vies ont été bouleversées par les conflits armés. Dans ce cas, notre principale préoccupation est de contribuer au regroupement des familles et de mettre fin, après des années, à la détresse de ceux dont les proches ont été portés disparus.
Comme Israël et le Hezbollah n’entretiennent pas de relations directes, le CICR a offert ses « bons offices » dès qu’il a entendu parler d’un accord en cours de négociation entre les parties. Nous avons dit aux deux parties que nous étions prêts à servir d’intermédiaire neutre, si on nous le demandait. Il y a quelques jours, les autorités israéliennes et le Hezbollah nous ont demandé de faciliter le transfert de plusieurs détenus et des dépouilles mortelles de quelque 200 personnes tuées durant les conflits de ces dernières décennies.
Le CICR a-t-il participé aux négociations en vue de cette opération ?
Pas aux négociations en soi. Le rôle d’intermédiaire neutre du CICR peut également comprendre la médiation entre les parties, si c’est là ce qu’elles veulent, mais c’est rarement le cas. En général, les accords de ce type sont conclus par les parties elles-mêmes, souvent avec le soutien d’États servant de médiateurs.
Quelle est la valeur ajoutée du CICR dans cette situation ?
Vu les circonstances, cette opération ne serait certainement pas possible sans l’intervention d’une tierce partie. En plus d’avoir le mandat d’agir en qualité d’intermédiaire neutre, le CICR est considéré comme un acteur sérieux et crédible dans ce type de situation. Surtout, il jouit de la confiance des deux parties, ce qui lui permet de fortement contribuer au succès de ces opérations sensibles et souvent complexes.
Présent dans la région depuis 1948, le CICR est intervenu à plusieurs reprises dans le cadre du rapatriement de détenus et de dépouilles mortelles entre Israël, le Liban, la Jordanie, l’Égypte et la Syrie. Ces dernières années, il a principalement participé à des opérations semblables entre Israël et le Hezbollah, en janvier 2004, octobre 2007 et juin 2008.
Y a-t-il des limites aux actions possibles du CICR ?
Le CICR ne peut pas s’imposer si son rôle n’est pas accepté par les parties intéressées. Nous ne pouvons que persuader ceux qui contrôlent la situation d’agir conformément à l’esprit et à la lettre du droit international humanitaire. Malheureusement, dans certains cas, les considérations politiques tendent à l’emporter sur les préoccupations humanitaires, ce qui nous empêche d’assister les disparus et leur famille. Néanmoins, nous sommes convaincus que l’établissement et le maintien de relations avec toutes les parties à un conflit ou à une situation de violence interne, qu’il s’agisse d’États ou de groupes armés non étatiques, sont d’une importance primordiale pour faire progresser les questions relatives aux détenus et aux personnes portées disparues, ainsi que pour permettre la préparation d’opérations humanitaires bénéficiant aux victimes.
Par conséquent, nous continuerons d’agir en faveur des personnes disparues et détenues et de leurs familles dans la région, notamment celles qui ont disparu durant les deux guerres du Golfe, ainsi que pour ceux qui ont disparu au combat pendant les diverses phases du conflit opposant Israël et le Liban, ou Israël et les Palestiniens. De plus, les délégués du CICR visitent les détenus ou cherchent à obtenir accès aux détenus dans plusieurs pays de la région.
Dans quelles autres régions du Moyen-Orient le CICR intervient-il en qualité d’intermédiaire neutre ?
Le CICR, par exemple, facilite le passage en Syrie de certaines personnes vivant dans la partie du plateau du Golan occupée par Israël. Ce sont notamment des étudiants et des pèlerins, ainsi que de futurs époux qui se marient de l’autre côté de la ligne de démarcation. Il a même permis de transférer en Syrie des pommes cultivées par des fermiers druzes dans le Golan occupé.