L’insécurité et les combats qui font rage dans les gouvernorats dans le nord du Yémen ont eu un effet dramatique sur la population civile au cours des derniers mois, contraignant toujours plus de personnes à fuir la région.
En juin, il a été fait état de plus de 15 500 personnes déplacées vivant dans des conditions difficiles dans des camps proches de la ville de Sa'ada et de milliers d’autres dispersées autour des gouvernorats. Du fait de l’insécurité qui prévaut dans les gouvernorats du nord, le CICR n’a pas pu vérifier ces chiffres de façon indépendante. Toutefois, l’absence d’eau potable et de soins médicaux est particulièrement grave pour les personnes déplacées, les malades, les blessés et les communautés isolées. La flambée des prix alimentaires a imposé une charge supplémentaire à la population.
Pour faire face aux besoins croissants de plus de 100 000 personnes directement touchées par le conflit, le CICR a demandé, en mai 2008, des fonds supplémentaires pour acheminer des vivres, des abris, des articles ménagers essentiels et des soins médicaux dans toutes les régions du gouvernorat de Sa'ada.
Toutefois, la situation en matière de sécurité a souvent empêché le CICR de répondre de manière adéquate et en temps utile aux besoins humanitaires les plus urgents. À l’exception de la ville de Sa'ada et de son voisinage immédiat, le CICR a toujours de la difficulté ou ne peut pas intervenir dans les zones du conflit dans le nord du Yémen. Oeuvrant en étroite coopération avec le Croissant-Rouge du Yémen, le CICR n’a acheminé à ce jour que des secours d’urgence de base, principalement aux personnes déplacées près de la ville.
Le CICR continue de faire pression sur les autorités pour obtenir un meilleur accès aux zones les plus touchées par le conflit. Comme l’institution poursuit ses efforts pour atteindre les personnes dans le besoin, elle espère accroître le nombre de son personnel expatrié à Sa'ada dans un proche avenir.
Répondre aux besoins les plus urgents des familles déplacées
Le conflit s’est encore aggravé au début mai 2008, apportant une nouvelle vague de personnes déplacées dans la ville de Sa'ada. Le CICR a travaillé en étroite coopération avec le Croissant-Rouge du Yémen pour installer trois camps supplémentaires afin d’héberger ces personnes, ce qui porte à six le nombre total de camps de personnes déplacées à Sa'ada.
Entre le début de mai et la fin de juin 2008, le CICR a aussi distribué des vivres aux personnes déplacées par les combats à Haydan, Razeh, Assaher et Al-Talh, ainsi qu’aux personnes vivant près de la ville de Sa'ada. La distribution de vivres comprenait de la farine, du riz, de l’huile végétale, des pois, du sucre et du sel. De plus, le CICR a distribué des articles de première nécessité (tentes, jerrycans, ustensiles de cuisine et articles d’hygiène) à 8 000 familles (60 000 personnes).
Eau et assainissement
L’eau et l’assainissement continuent de figurer au premier plan des préoccupations. Le CICR a acheminé chaque jour 280 000 litres d’eau potable aux personnes déplacées à Sa'ada, et a augmenté la capacité de stockage de l’eau. L’institution a aussi construit plus de 400 latrines.
Plus de 2 400 personnes vivant à Al-Aredah et Al-Asaifi ont reçu de l’eau potable, et le CICR a installé de nouvelles pompes hydrauliques dans ces localités. Le CICR a dû reporter les réparations en raison de la reprise des combats, à la fois dans ces régions et à Dahyan, où le CICR avait prévu des travaux d’urgence qui auraient permis à plus de14 000 personnes d'être approvisionnées en eau potable .
L’institution a fourni des filtres à eau à plus d’un millier de familles déplacées dans la région de Malaheet et dans le gouvernorat de Hajjah. Ces filtres devraient aider à prévenir les maladies causées par de l’eau contaminée ou stagnante.
Soins de santé et médicaux essentiels
Entre avril et juin 2008, une équipe chirurgicale basée à Sa'ada a traité plus de 500 personnes qui ont été blessées lors des combats et n’ont pas pu recevoir des soins médicaux appropriés en raison des hostilités. La plupart des patients ont été soignés à l’hôpital public d’Al-Jumhuriyah dans la ville de Sa'ada où un cinquième d’entre eux ont été opérés. D’autres ont été soignés au centre de santé de Dahyan.
Le CICR a aussi dispensé des soins de santé primaire aux personnes déplacées et aux habitants vulnérables par l’intermédiaire du Croissant-Rouge du Yémen et du ministère de la Santé publique et de la Population.
Trois dispensaires mobiles ont ouvert dans les camps de personnes déplacées nouvellement construits dans la ville de Sa'ada, portant à sept le nombre de ces dispensaires administrés par le Croissant-Rouge du Yémen avec le soutien du CICR. Plus de 17 000 consultations ont été données dans ces dispensaires. Le personnel du Croissant-Rouge du Yémen a continué à dispenser aux femmes et aux enfants vivant dans les camps une éducation sanitaire pour les aider à prévenir les maladies.
Deux ambulances stationnées dans les camps ont aidé à transférer des patients ayant besoin de soins urgents dans des installations sanitaires appropriées dans la ville de Sa'ada. Au total, 158 patients ont été orientés vers des hôpitaux privés et publics pour y recevoir des soins de santé secondaire, le CICR couvrant le coût de leur traitement.
Le CICR a fourni des médicaments et du matériel médical de base aux installations sanitaires relevant du ministère de la Santé dans les zones touchées par le conflit de Malaheet et Bani Sa'ad, couvrant les besoins de1 800 personnes déplacées et de près de 30 000 habitants.
Dans les ateliers d’appareillage orthopédique relevant du ministère de la Santé à Aden, Mukalla et Sa'ana, les techniciens yéménites formés par le CICR ont appareillé des jambes et des pieds artificiels avec du propylène de haute qualité, des orthèses et d’autres appareils. Plus de 1 400 personnes ont bénéficié de ce service.
Des enfants blessés par des mines et des restes explosifs de guerre ont reçu au total 47 membres artificiels et orthèses.
Le CICR a continué d’aider les techniciens orthoprothésistes à améliorer leurs compétences dans deux centres orthopédiques relevant de l’État en couvrant les coûts d’un programme de formation sur trois ans pour sept étudiants.
Rétablissement et maintien des liens familiaux
Le CICR permet aux familles yéménites de rétablir et de maintenir des liens avec leurs proches détenus dans les installations de détention des États-Unis en Afghanistan, en Irak et à Guantanamo Bay. Il continue aussi d’aider les demandeurs d’asile et les réfugiés, pour la plupart de la Corne d’Afrique, à localiser les membres de leur famille à l’étranger et à rétablir le contact avec ces derniers.
- 380 messages Croix-Rouge ont été échangés entre personnes détenues à Guantanamo Bay et leurs familles
- 33 appels téléphoniques ont pu être passés grâce au CICR entre des ressortissants yéménites détenus à Guantanamo Bay et leurs familles
- 165 messages Croix-Rouge ont été échangés entre des familles au Yémen et leurs proches détenus en Irak, en Afghanistan et au Liban
- Plus d’un millier de messages Croix-Rouge ont été échangés entre des réfugiés au Yémen et leur famille à l’étranger
Personnes privées de liberté
Au Yémen, le CICR s’attache à visiter les détenus conformément à ses procédures habituelles qui comportent l’accès régulier à tous les détenus et des entretiens sans témoin pour évaluer les conditions de détention et le traitement des détenus. Le CICR continue de mener un dialogue confidentiel avec les autorités yéménites pour obtenir l’accès à tous les lieux de détention relevant de la Sécurité politique du pays.
La formation professionnelle des femmes détenues dans dix prisons centrales se poursuit en partenariat avec le Croissant-Rouge du Yémen. Le but est de renforcer leurs capacités de lecture et d’écriture ainsi que leurs aptitudes à la couture et au tissage.
Les prisons centrales de Hodeida, Taiz et Sana'a ont des jardins d’enfants où un certain nombre d’enfants vivent avec leur mère.
Pour aider les autorités d’immigration à faire face au nombre croissant de personnes en attente d’être expulsées, le CICR, en coopération avec le Croissant-Rouge du Yémen, vient en aide aux personnes détenues au centre de détention de l’immigration de Sana’a.
Actuellement, plus de 200 personnes reçoivent une aide alimentaire, des soins de santé de base et des articles d’hygiène.
Promotion de la connaissance du droit international humanitaire
Le CICR s’attache à promouvoir la compréhension du droit international humanitaire (DIH) et du mandat du CICR parmi les forces armées et de sécurité yéménites.
En avril, le CICR a participé à un cours de formation au DIH pour instructeurs militaires, organisé pour la première fois par les forces armées yéménites et conduit par le
Moral Guidance Directorate. Ce cours d'une semaine faisait partie d'un plan national visant à intégrer le DIH dans la formation militaire, et 35 officiers de forces, unités et instituts divers y ont participé.
De plus, 30 membres des forces de la police et des forces de sécurité centrale yéménites ont assisté à un atelier de deux jours sur les normes internationales relatives à l’emploi de la force et des armes à feu en temps de paix et en temps de guerre.
Informations complémentaires :
Simon Schorno, CICR Genève, tél : +41 22 730 25 90 ou +41 79 217 32 08
Rafiullah Qureshi, CICR Yémen, tél : +967 711 94 43 43