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17-11-2008  Éclairage  
La vie à Hébron : harcèlement et pauvreté galopante
Confrontée aux bouclages et à la violence des colons, une mère palestinienne de six enfants raconte la lutte qu’elle mène jour après jour à Hébron pour joindre les deux bouts. Elle est l’une des milliers de personnes qui reçoivent chaque mois des colis alimentaires du CICR.

La paroi est craquelée, la peinture s’écaille et part en lambeaux ; aucun meuble de la maison ne semble être entier. Toutefois, pour Baheja Sharabati, qui y élève ses six enfants, c’est moins l’état du décors qui la préoccupe que de savoir comment elle va les nourrir, leur donner une éducation et faire en sorte qu’ils soient en sécurité et en bonne santé.

©ICRC/A. Meier/il-e-00353
Vieille ville d'Hébron. Autrefois un centre commercial très animé.
La maison où vit Baheja est située en plein cœur du quartier le plus sensible d’Hébron, connu comme la « zone H2 ». Quatre cents colons juifs ont également choisi de vivre dans ce quartier situé dans le centre-ville. La zone est dès lors contrôlée par l’armée israélienne : certaines rues sont truffées de checkpoints ; d’autres sont interdites aux Palestiniens.


De nombreux commerçants ont dû fermer boutique suite à une directive de sécurité imposée par l’armée israélienne. D’autres petits magasins de la zone sont désertés par la clientèle en raison des agressions répétées dont sont victimes les Palestiniens de la part des colons, qui leur jettent des tessons de bouteilles, de l’urine ou d’autres objets métalliques.

Le bouclage du centre-ville d’Hébron a porté un coup fatal aux Palestiniens, et la pauvreté galopante qui en résulte menace gravement le bien-être des familles prises au piège de la violence qui règne dans ce quartier.

Baheja Sharabati et sa famille sont parmi les plus durement touchés. Les revenus de son mari, qui travaille à la journée dans une station-service, sont si maigres qu'elle ne dispose en tout et pour tout que de 51 dollars US par personne et par mois pour la nourriture, les vêtements, les factures médicales et les autres dépenses diverses. « Les colis alimentaires que je reçois chaque mois du CICR nous sont d’un grand secours. Malgré tout, nous avons dû nous endetter lourdement pour pouvoir joindre les deux bouts », commente-t-elle.

Vivre au jour le jour

Les femmes palestiniennes d’Hébron n'hésitent pas à vendre les bijoux de leur dot pour subvenir aux besoins de leur famille. La famille Sharabati ne fait pas exception. Mais aujourd’hui, ils n’ont plus rien à monnayer. En désespoir de cause, le mari de Baheja emprunte de l’argent à son employeur, en espérant que lorsque leur fille aînée terminera l’université, elle pourra aider à rembourser la dette.

Malgré, ou peut-être à cause du poste permanent établi par l’armée israélienne au-dessus des Sharabati, quelqu’un a pu remplir d’ordures le réservoir d’eau installé sur le toit de la maison, contaminant l’eau de ce dernier.

Pour que leurs enfants aient de l’eau potable, les Sherabati ont donc dû dépenser 223 dollars pour l’achat d’une pompe qui leur permette de capter l’eau d’un puits souterrain. Et cet argent, il ne l’avaient tout simplement pas, pas plus que celui utilisé pour remplacer une vitre, brisée à plusieurs reprises par des colons, ou pour le treillis métallique de protection qu’ils n’ont finalement pas eu d’autre choix que d’installer.

Désormais, la famille vit au jour le jour. Baheja espère que la situation de sécurité ne se dégrade pas et que les soldats des postes de contrôle israéliens n’empêchent pas son mari d’aller travailler. Elle prie aussi pour que les colons, dont les maisons prennent la sienne en sandwich, cessent de leur faire la vie dure.

Avec tous les tracas et les brimades qu’ils subissent, on pourrait imaginer que les Sherabati cherchent à déménager de la « zone H2 ». Une telle perspective est cependant très peu probable, car leur logement ne leur coûte rien. S’ils s’installaient ailleurs, ils devraient se saigner pour payer un loyer. Une famille palestinienne plus aisée qu’eux leur avait loué cette maison 12 ans auparavant. Aujourd’hui, compte tenu des circonstances particulières, le propriétaire les laisse habiter là gratuitement.

Cet arrangement permet en outre que ce bien reste en mains palestiniennes. « Si nous baissions les bras et décidions de déménager, les colons s’installeraient immédiatement dans la maison. Je refuse tout simplement de penser que cela puisse arriver », conclut Baheja.

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17-11-2008