Katharina Ritz, chef de mission du CICR pour les territoires palestiniens occupés
Quelles sont les conséquences du bouclage de la bande de Gaza pour la population ?
La situation des civils à Gaza est désastreuse. Une de nos principales préoccupations est l’immense impact du bouclage sur la santé de la population. Les hôpitaux manquent même des articles les plus essentiels et de médicaments. Ils n’ont pas d’analgésiques pour les fortes douleurs, d’antibiotiques spécifiques ou d’anesthésiques. Des parents, à Gaza, ont dit à notre personnel qu’ils ont peur de ce qui pourrait arriver à leurs enfants s’ils devaient les emmener à l’hôpital. De plus, comme le combustible se raréfie, les coupures de courant régulières, qui se font particulièrement sentir dans le nord de la bande de Gaza et dans la ville de Gaza, ont un impact très négatif sur les hôpitaux, perturbant fortement le fonctionnement de leur équipement.
Même si un peu d’aide humanitaire s’infiltre à l’intérieur, elle ne suffit pas à couvrir les besoins les plus essentiels des habitants de Gaza. Chaque jour de bouclage complet ou presque complet crée de nouveaux besoins.
Au cours des 18 derniers mois, la situation s’est détériorée jour après jour et quand les points de passage sont totalement fermés, la situation devient encore plus précaire.
Les points de passage devraient être ouverts immédiatement, afin que des produits essentiels permettant de couvrir les besoins fondamentaux de la population puissent passer. Nous pressons les autorités israéliennes de le faire afin que la population puisse avoir accès aux médicaments et à la nourriture.
©Reuters / S. Salem
Gaza, hôpital de al-Shifa
Comment les médecins et les infirmiers des hôpitaux arrivent-ils à gérer une situation où ils manquent de tellement de médicaments essentiels ?
Les hôpitaux et les salles d’urgence tiennent du mieux qu’ils peuvent et essaient d’utiliser d’autres médicaments qu’ils ont encore en stock. Par exemple, le personnel médical essaie d’utiliser une solution de rechange, qui n’est pas toujours bonne – par exemple, s’ils ont besoin de tubes pour un traitement médical, ils utiliseront un tube d’une taille en dessous ou en dessus de celle qui serait appropriée. En cas de douleurs sévères, ils doivent se rabattre sur des analgésiques moins efficaces.
Même avant le bouclage actuel, le système de soins de santé était déjà très fragile, en particulier à cause d’une perturbation déjà importante de l’importation de fournitures médicales et de la grève continue du personnel de santé à Gaza. En plus, le nombre de patients autorisés à se faire soigner en dehors de la bande de Gaza a chuté pour atteindre son niveau le plus bas en 2008. Cette brusque diminution s’est déjà fait sentir en septembre : moins de 400 personnes ont pu quitter la bande de Gaza pour se faire soigner, contre quelque 1 000 les mois précédents.
Que peut faire le CICR dans cette situation ?
Pour la première fois depuis le bouclage strict imposé le 5 novembre, le CICR a été autorisé, le 17 novembre, à faire entrer dans la bande de Gaza un camion de fournitures médicales qui faisaient cruellement défaut. Les articles les plus indispensables que nous avons fournis comprenaient notamment des instruments chirurgicaux et du plâtre. Deux autres chargements de fournitures, comprenant des solutions pour perfusions, attendent encore l’autorisation des autorités israéliennes pour pénétrer dans la bande de Gaza. Actuellement, la quantité de fournitures médicales entrant dans la bande de Gaza est inférieure au minimum requis. Pour garantir des réserves d’urgence suffisantes, quelque trois camions de fournitures médicales pour les hôpitaux seraient nécessaires chaque mois.
Lorsque rien ne peut être introduit dans la bande de Gaza, nous disposons d’un stock d’urgence de médicaments et de matériel sur place afin de pouvoir aider à soigner les urgences telles que les blessures de guerre, mais ces articles ne peuvent pas être utilisés pour soigner tous les patients, notamment les cas pédiatriques et obstétriques, ou les patients souffrant de maladies chroniques, telles que le cancer, le diabète ou la mucoviscidose. Les stocks d’urgence ont pour but de répondre aux besoins médicaux urgents et devraient être utilisés uniquement à cette fin. Ils ne couvrent pas et ne devraient pas couvrir les besoins en fournitures médicales essentielles de la population.
Le CICR rappelle constamment aux autorités israéliennes les conséquences graves du bouclage sur le plan humanitaire et leurs obligations découlant du droit international humanitaire envers la population vivant dans la bande de Gaza. En particulier, et dans la mesure du possible, elles doivent s’assurer que les besoins essentiels de la population sont satisfaits. Concrètement, elles sont obligées de veiller à ce que les 1,5 millions de personnes vivant à Gaza aient accès à la nourriture, à l’eau et aux fournitures médicales. De plus, Israël a l’obligation de permettre et de faciliter l’aide humanitaire. Le CICR reconnaît le droit d’Israël à prendre des mesures pour assurer la sécurité de sa population. Cependant, ces mesures doivent respecter les règles applicables du droit humanitaire et leurs avantages doivent être proportionnels à leurs conséquences négatives sur le plan humanitaire.